A propos de Noosapiens
Noosapiens est un néologisme formé de Noos, qui renvoie en grec à l’esprit, à la pensée et à l’intelligence, et de Sapiens, qui désigne l’espèce humaine tout en évoquant la connaissance et la sagesse.
Le rapprochement est volontairement un peu ironique. Homo sapiens signifie en quelque sorte « l’homme qui sait ». Mais que savons-nous réellement de nous-mêmes, de notre monde et surtout des conséquences de ce que nous faisons ? Notre intelligence nous a donné une puissance considérable. Elle ne nous a pas encore donné la sagesse qui devrait l’accompagner.
Le terme Noosapiens, inspiré de la noosphère de Teilhard de Chardin, est né de l’envie d’imaginer une possible étape nouvelle de l’aventure humaine : non pas une nouvelle espèce biologique, mais une évolution de notre rapport à la connaissance, à la conscience, aux autres et au monde.
Il ne s’agit pas de prédire ce que l’humanité deviendra. Encore moins de proposer une nouvelle doctrine. Noosapiens est une exploration.
Une humanité devenue responsable
L’humanité occupe une situation singulière sur sa planète.
Elle est devenue capable de comprendre une partie des mécanismes du vivant, de transformer profondément son environnement, de modifier les équilibres naturels, de créer des technologies dont la puissance dépasse parfois sa capacité à en prévoir les conséquences, et désormais de produire des formes d’intelligence artificielle dont les possibilités restent largement ouvertes.
Cette puissance crée une responsabilité nouvelle.
L’humanité ne maîtrise évidemment pas tout ce qui lui arrive. Elle ne maîtrise ni la nature, ni les événements, ni les conséquences lointaines de ses décisions.
Mais elle est définitivement responsable d’elle-même et de l’impact
qu’elle exerce sur le monde dont elle dépend.
Et ce monde n’a pas commencé avec elle. La plus grande partie du vivant existait bien avant Homo sapiens. Nous en sommes issus, nous en dépendons et nous sommes désormais capables d’en modifier profondément les conditions d’existence.
Qui d’autre que nous pourrait assumer cette responsabilité ?
C’est l’une des questions fondamentales du néo-humanisme proposé ici.
Il ne s’agit pas de placer l’humain au-dessus du vivant pour lui donner tous les droits.
Il s’agit au contraire de reconnaître que notre singularité nous impose des devoirs à la mesure de notre puissance.
Le néo-humanisme n’est donc ni un post-humanisme qui annoncerait la disparition de l’humain, ni un transhumanisme qui ferait de l’augmentation de l’humain sa finalité première.
Il part de l’humain, parce qu’il n’a pas d’autre point de départ, mais il élargit sa responsabilité à l’ensemble du vivant et aux conditions qui rendent la vie possible.
Devenir sapiens
Noosapiens imagine ainsi une humanité qui chercherait moins à dominer le monde qu’à mieux comprendre les conséquences de son action.
Cela suppose davantage de connaissance, mais aussi davantage d’humilité. Car notre capacité à agir progresse peut-être plus vite que notre capacité à prévoir.
Nous pouvons résoudre certains problèmes sans savoir quels nouveaux problèmes notre solution fera naître. Nous pouvons gagner en puissance tout en créant de nouvelles vulnérabilités. Nous pouvons améliorer une situation localement et la dégrader ailleurs ou plus tard.
C’est l’une des raisons pour lesquelles Noosapiens s’intéresse à ce que l’on pourrait appeler la Loi des contreparties : l’hypothèse selon laquelle toute transformation importante d’un système produit, avec ses bénéfices, des coûts, des déplacements, des effets secondaires ou des conséquences nouvelles, parfois imprévisibles.
Cette hypothèse n’est pas ici posée comme une vérité définitive. Elle est une question à examiner.
À travers l’histoire, les sciences, les techniques, l’économie, la politique, l’écologie et les comportements humains, Noosapiens cherche à observer ce que deviennent les solutions lorsqu’elles rencontrent la complexité du réel.
Une intelligence collective à construire
L’humanité dispose aujourd’hui d’une capacité de communication et de partage des connaissances sans précédent.
La noosphère imaginée par Teilhard de Chardin peut ainsi trouver une forme nouvelle dans les réseaux qui relient désormais une grande partie de l’humanité.
Mais être connectés ne signifie pas nécessairement penser ensemble.
Une accumulation d’informations ne constitue pas une intelligence collective. Elle peut produire aussi du bruit, de la confusion, de la manipulation et de nouvelles formes de fragmentation.
Noosapiens s’interroge donc sur cette possibilité : l’interconnexion de l’humanité peut-elle devenir une véritable intelligence collective, capable de mieux comprendre les problèmes complexes qu’elle a elle-même contribué à créer ?
L’intelligence artificielle ajoute une dimension nouvelle à cette question. Elle peut devenir un outil exceptionnel d’accès à la connaissance, d’exploration et de compréhension.
Mais elle ne saurait recevoir une responsabilité supérieure à celle de l’humanité qui l’a créée.
Nous ne pourrons pas déléguer notre responsabilité à nos propres créations.
Une lucidité sans pessimisme
Noosapiens n’est ni un mouvement politique, ni une religion, ni une doctrine achevée.
C’est un espace de réflexion.
Il observe l’humanité avec ses grandeurs, ses contradictions, ses violences, ses croyances, ses progrès et ses erreurs. Il cherche à comprendre plutôt qu’à condamner, sans pour autant renoncer à juger lorsque cela devient nécessaire.
Il ne prétend pas disposer des solutions.
Cette prudence est même l’un de ses points de départ.
Une solution peut être nécessaire sans être définitive. Un progrès peut être réel sans être sans conséquence. Une innovation peut être souhaitable sans être maîtrisable.
Et l’absence de certitude n’interdit pas l’espérance.
Noosapiens est donc une tentative de regarder l’avenir avec lucidité mais sans pessimisme, et avec cette conviction simple :
Nous ne savons pas encore ce que l’humanité peut devenir. Mais nous savons qu’elle est désormais suffisamment puissante pour avoir la responsabilité de chercher à le devenir.
C’est cette recherche que ce site propose d’explorer.
