Le dramatique barrage de Balbina

Le désastre systémique d’une énergie renouvelable mais destructrice

En 1985, pour alimenter en électricité la métropole de Manaus alors en pleine expansion, le Brésil lance la construction du barrage hydroélectrique de Balbina sur le fleuve Uatumã, en plein cœur de l’Amazonie. Inauguré en 1989 avec une puissance théorique de 250 mégawatts, l’ouvrage s’est révélé être l’un des plus grands fiascos énergétiques et écologiques de l’histoire du pays. En moyenne, l’usine ne fournit que 109 mégawatts (à peine 10 % des besoins de la ville). Un rendement dérisoire payé au prix fort par la nature et les hommes.

La balance comptable : Souveraineté énergétique simulée vs Faillite écologiquele

 • Le gain visé (la promesse politique) : Offrir une source d’énergie abondante, locale et « renouvelable » pour s’affranchir des énergies fossiles et soutenir le développement industriel régional.
• La contrepartie (le coût matériel, environnemental et sociétal) : Pour obtenir ces maigres mégawatts, le projet a englouti une surface colossale de 2 360 km² de forêt primaire (l’équivalent de vingt fois la superficie de Paris). Le coût humain s’est soldé par la spoliation de près de 3 000 km² de terres ancestrales appartenant aux Indiens Waimiri-Atroari, déplacés de force.

L'effet boomerang et l'imprédictibilité biologique d'une fausse solution

 • Le piège de la solution « propre » : Le grand débat public présentait l’hydroélectricité comme une technologie propre. L’angle mort de cette analyse a été d’ignorer la physique des sols tropicaux. En submergeant la forêt sans couper les arbres, l’État a créé une immense baignoire stagnante où la végétation pourrit sur place. Cette décomposition produit une eau si acide qu’elle ronge les turbines du barrage, et libère surtout des quantités massives de méthane. Proportionnellement à l’énergie produite, Balbina émet finalement plus de gaz à effet de serre qu’une centrale thermique au charbon classique.
• L’asymétrie technologique (Le rendement absurde) : Le rapport coût/bénéfice physique de ce projet défie toute rationalité comptable. Aujourd’hui, trois éoliennes en mer modernes suffisent à égaler ou dépasser la puissance réelle de cette infrastructure qui a pourtant nécessité la destruction et la fragmentation durable de tout un écosystème tropical (le réservoir ayant créé artificiellement plus de 3 500 micro-îles où la faune meurt d’isolement).

Conclusion

Balbina est un cas d’école universel du « progrès mal calculé ». Sous couvert de bonnes intentions et d’idéologie de transition énergétique, la recherche d’un gain immédiat en surface a généré une dette physique irréversible, prouvant qu’une solution purement technique, déconnectée des réalités biologiques du milieu, finit inévitablement par aggraver le problème qu’elle prétendait résoudre. La comptabilité en partie double est ici implacable : quelques mégawatts au crédit, une forêt entière et le climat mondial au débit.

Source documentaire : Sciencepost

Date de publication : 24/08/2026

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